HONYARADO/KAI FUSAYOSHI's Web Site


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      -HONYARADO, KAI FUSAYOSHI's Website-

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229 Oharaguchicho, Kamigyo-ku, Kyoto
602-0832 JAPAN
TEL +81-(0)75-222-1574
E-MAIL honyarado.kai@gmail.com

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La Biographie de Kaï Fusayoshi

Kai_portrait.jpg1949 : Naissance à Oita. Vers l'âge de 11 ans, le surprenant avec un fusil à air comprimé à la main en train de tirer sur des poules, sa sœur lui offre un appareil photo. Délaissant le fusil, il commence à prendre des photos. Il réussit l'examen d'entrée à l'université Doshisha mais s'en retrouve bientôt exclu en raison de sa participation aux mouvements anti-guerre.
1972 : Ouverture du café restaurant Honyarado à Kyoto en compagnie d'amis chanteurs, poètes ou psychothérapeutes. Tout en s'occupant du café, il prend la tête d'un comité de soutien à un chanteur accusé de pornographie. Il participe également au mouvement pour la libération des prisonniers politiques sud vietnamiens. Désireux d'œuvrer à l'internationalisation de la galerie marchande locale, il crée un «Centre pour les échanges internationaux» qui échoue lamentablement au bout de trois ans. Parallèlement, il photographie des scènes de la vie quotidienne du quartier et fait paraître ses premiers albums. Le quotidien Kyoto Shimbun commence à publier également certaines de ses images.
1978 : Invitation de l'université Evergreen (Etats-Unis) pour une exposition personnelle de ses photographies. Organisation d'expositions en plein-air des clichés et portraits (entre 400 et 2000 images, 120x165 mm) pris dans le quartier de Demachi à Kyôto sur les bords de la rivière Kamo intitulées : «T'ai-je pris en photo ? Ceux qui se reconnaitont sur les photos pourront les emporter gratuitement le dernier jour !». Il organisera 21 expositions en quatre années.
1981 : Afin de disposer de plus de temps pour la photographie, il abandonne son café pour intégrer au titre de consultant le bureau des affaires économiques de la ville de Kyôto.
1985 : Ouverture du bar de nuit Hachimonji-ya. Il se lance dans une série de portraits de jolies femmes fréquentant son bar et publie à compte d'auteur chaque année à partir de 1991un album intitulé «Les belles femmes de Hachimonji-ya». La naissance de son premier fils le conduit à faire des photos d'enfants. Publication des albums «Les enfants du pont Tanuki» et de «Kids». Reprise en 1999 la gestion du café Honyarado.
1997-1998 : Participation à une mission d'études de l'université de Kyôto sur les traces de la communauté des Juifs cachés (Marranes). Il prend des photographies en Inde, aux Pays-Bas, Allemagne, France, Espagne et Portugal. Cette mission lui permet de redécouvrir la culture métissée des Marranes.
2001: Invitation de l'université Wesleyan (Etats-Unis) pour l'exposition «Streets of Kyoto». L'exposition est ensuite montrée à Boston, Berlin et Genève.
2007 : Parution de «Oeuvres complètes publiées de mon vivant» rassemblant 30 ans de photographies accompagnées d'épitaphes ou de petits mots rédigés par des amis et connaissances.
2009 : Attribution du 22ème Prix artistique et culturelle de la ville de Kyôto.
2010 : Exposition personnelle à Paris. Sélectionné au Salon des arts de Laudun l'ardoise (France). Actuellement et jusqu'à février 2011: exposition en plein air organisée par Kawaramachi Green Shotengai entre les rues Shijô et Gojô où sont montrées environs 140 photographies accrochées à des réverbères.
Le travail de Kaï Fusayoshi a fait l'objet en 30 années de plus d'une centaine d'expositions dans des galeries, musées, temples, universités, restaurants ou en plein air au Japon, depuis la province du Hokkaïdo jusqu'au Kyushu, et surtout dans la ville de Kyôto.
Kaï Fusayoshi a publié plus de quarante albums, seul ou en collaboration. Il poursuit son activité photographique mais aussi d'écriture tout en se consacrant à la gestion de son café et de son bar.

Exposition

2014

Galerie TOKO ShowRoom "Brisures -- l’âme de la ville” Pierre LANIAU et Fusayoshi KAI [photographie] (Paris) / Janvier - Février
Gallery Maronie "Straight photo with Scholar for Malano in India” (Kyoto) / Mars
Honyarado "KG+ KYOTOGRAPHIE international photography festival satellite event [ON THE ROAD] Kaï Fusayoshi & Sachiko Hamada" (Kyoto) / Avril - Mai
Gallery Hillgate “Europe” (Kyoto) / Mai - Juin
Maison de la culture du Japon à Paris "Le temps des enfants” (Paris) / Juin
JAPAN MUSEUM Siebold Huis “Mensen van Kyoto” (Leiden) / Septembre

2013

Galerie Maronie "Voyage innocent à l'étranger - vers la France” (Kyoto) / Mars
Exposition en plein air, Kawaramachi Green Shotengai entre les rues Shijô et Gojô "Kai's favorite Scenes & People in KYOTO" (Kyoto) / Décembre - Février 2014

2012

Exposition en plein air, Kawaramachi Green Shotengai entre les rues Shijô et Gojô "Chats errants" (Kyoto) / Décembre - Février 2013

2011

Sewing Gallery "Rojiura no hinata" (Osaka) / Avril
Institut Franco-Japonais du Kansai "Paris. Premiers regards"(Kyoto) / Juillet
Espace Japon "Kyoto inconnu" (Paris) / Septembre
Galerie ZOLA "Kyoto par-delà Kyoto" (Aix-en-Provence) / Décembre - Janvier 2012

2010

Exposition commémorative de l’attribution du 22ème Prix artistique et culturel de Kyôto Musée de la ville de Kyoto (Kyoto) / Janvier
Gallery Maronie "Passage vers le rêve" (Kyoto) / Février
Gallery Maggot "Passage vers le rêve" (Osaka) / Mars
KONICA MINOLTA PLAZA "Kyoto behind Kyoto" (Tokyo) / Avril
Galerie Grand E'terna"Kyoto derrière Kyoto" (Paris) / Mai
Galerie Grand E'terna"Kyoto au-delà de Kyoto", avec Emmanuel Guibert (Paris) / Juin
La Commune (Paris) / Juin
Salon des Arts 2010 Laudun l'ardoise (France) / Novembre
Exposition en plein air, Kawaramachi Green Shotengai entre les rues Shijô et Gojô (Kyoto) / Décembre - Janvier 2011

2008

KONICA MINOLTA PLAZA "Kyoto de l'allée arrière" (Tokyo) / Avril
Galerie Sakaimachi "Environs HONYARADO" (Kyoto) / Juin
Galerie Karyobin "Promenade Kyoto" (Kyoto) / Septembre
Temple de Kiyomizu "Kyoto de l'allée arrière" (Kyoto) / Octobre

2007

Gallery Maggot "On the road" (Osaka) / Janvier
Gallery Syu-Yu-Raku "Artistes agréables" (Kyoto) / Janvier
Galerie Karyobin "CROSSROAD" (Kyoto) / Avril
ARM. "Les belles femmes" (Kyoto) / Juillet
Galerie Etsuko Shibata "Kyoto sans carte" (Tokyo) / Octobre
Institut Franco-Japonais du Kansai (Kyoto) / Octobre
JUNKUDO, BAL (Kyoto) / Octobre - Janvier 2008

2006

Gallery Maronie "Beautiful Women in Kyoto" (Kyoto) / Septembre
Otera House (Kyoto) / Novembre

2004

Galerie Duplex "HACHIMONJIYA MANDALA" (Genève)

2003

L'Institut Germano-Japonais de Berlin (sous le patronage de la fondation Nomura pour les échanges culturels internationaux) / Juin - Septembre
Galerie Conceal "Coins de rue à Kyoto" (Tokyo) / Avril

2002-2003

Musée des enfants de Boston

2002

Galerie Kirara club "Inde" (Osaka) / Mars
KANKODO Galerie "La Kyoto privée de Kaï Fusayoshi" (Maebashi) / Juin
TEMPORARY SPACE "229, Oharaguchicho, Kyoto" (Sapporo) / Septembre

2001

Université Wesleyan "Streets of Kyoto" (USA) / Septembre - Décembre

1997

Egg Gallery "Le sourire de la rivière Kamo" (Tokyo)

1978

Library Gallery de l'Université d'Evergreen de l'Etat de Washington "Living beside the palace" / Juin
Exposition en plein air (Kyoto) / Septembre (23 fois, jusqu'à 1982)

Et plus d’une centaine d’autres expositions personnelles au Japon comme à l’étranger.

Publications

Passage vers le rêve (Yume no Nukeguchi)

  • texte : Sugimoto Hidetaro / photo : Kaï Fusayoshi
  • édition : Seisoshobo
  • Janvier 2010

Dans les ruelles de Kyoto (Rojiura no Kyoto)

  • édition : Michishuppan
  • Octobre 2008

Œuvres posthumes publiées de mon vivant (Seizen isaku syu)

  • édition : Kotokoto
  • Octobre 2007

Beautiful Women in Kyoto

  • édition : Toseisha
  • Juin 2006

Enfants de Kyoto (Kyoto no kodomotachi)

  • édition : Kyotoshinbun shuppansenta
  • Avril 2003

A la recherche des chats de Kyoto (Kyoto neko machi sagashi)

  • édition : Chukobunko
  • Novembre 2000

Marcher avec Honyarado, à la croisée des chemins de Kyoto (Honyarado to aruku, Kyoto ikiatari battari)

  • photo : Kaï Fusayoshi / texte : Masaru Nakamura
  • édition : Tankosha
  • Juin 2000

Les herbes du chemin, paysages de Kyoto (Kyoto michikusa no keshiki)

  • photo : Kaï Fusayoshi / texte : Masaru Nakamura
  • édition : Kyotoshinbunsha
  • Juillet 1999

Kids

  • édition : Kyotoshoin
  • Septembre 1998

On reading

  • édition : Mitsumurasuikoshoin
  • Août 1997

Two shot

  • édition : Mitsumurasuikoshoin
  • Août 1997

Les chats de Kyoto (Kyoto neko no izumi)

  • édition : Hakuchisha
  • Nobembre 1996

Le sourire de la rivière Kamo (Warau Kamogawa)

  • édition : Riburoport
  • Octobre 1996

Jolies femmes, 365 jours (Bijyo 365 nichi)

  • édition : Tohoshuppan
  • Avril 1994

Kyoto sans carte (Chizu no nai Kyoto)

  • édition : Komichishobo
  • Avril 1992


édition privée


L'Inde entraperçue (Inde tyotto mita dake) / Septembre 2009

Les belles femmes de Kyoto en 2007 / Juillet 2008

Le cœur de Hachimonjiya (Hachimonjiya ujyo) / Juillet 2004

Cinq jours à Genève / Septembre 2003

Les belles femmes de Hachimonjiya en 2001 / Juillet 2002

Streets of Kyoto / Septembre 2001

Les belles femmes de Hachimonjiya en 2000 / Janvier 2001

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1999 / Mars 2000

A la recherche des chats (Neko machi sagashi) / Juillet 1999

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1998 / Mars 1999

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1997 / Juin 1998

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1996 / Mai 1997

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1995 / Janvier 1996

Tentations d'Oita (Oita no yuwaku) / Avril 1995

Les chats de Pontocho (Pontocho neko no izumi) / Mars 1995

Les enfants de la rue Shirakawa (Shirakawasuji no kodomotachi) / Février 1995

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1994 / Janvier 1995

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1993 / Décembre 1993

Tsujiura : jeu de la divination (Tsujiura asobi) / Juillet 1993

Regards éloignés (Toi shisen)/ Mai 1993

Nous sommes des camarades (Warera ga nakama) / Mars 1993

Portraits de femmes (Onna no shozo) / Février 1993

Les belles femmes de Hachimonjiya en 1992 / Décembre 1992

Les belles femmes de Hachimonjiya / Décembre 1991

KIDS / Juillet 1991

Les enfants du pont de Tanuki (Tanukibachi no kodomotachi) / Juin 1991

Kyoto, Demachi / Mai 1977


1949
Kai Fusayoshi nait à Oita au Japon
1968
Il entre à la faculté de droit de l'Université Doshisha (Kyoto) d'où il sera renvoyé immédiatement. Il participe au mouvement citoyen contre la guerre du Vietnam.
1972
Il ouvre le café Honyarado à Kyoto en companie de ses amis Nobuyasu Okabayashi, Kenji Muro et Hajime Nakao.
1977
Il publie son premier livre de photos "Kyoto, Demachi".
1978
Exposition à la Library Gallery de l'Université d'Evergreen de l'état de Washington.
1979
Il fonde le "Centre des échanges internationaux" avec Nicola Geiger, Yoh Nakayama et Hajime Nakao.
Il traduit "Working" (Studs Terkel) en collaboration avec des amis.
1981
Il quitte Honyarado.
Il exerce comme conseiller commercial en tant que membre de la section économique de la ville de Kyoto.
Secrétaire généal de Masaho Suzuki qui est candidat de conseil municipal de la ville de Kyoto.
1985
Il ouvre le bar Hachimonjiya à Kyoto. Pendant cette période, il exerce aussi comme conseiller commercial en tant que membre de la section économique de la ville de Kyoto.
Il rencontre Masaru Nakamura qui est journaliste du "Journal Kyoto". Ils font des séries (essais et photos) tous les quinze jours pour le journal jusqu'en 2000.
1990
Il traduit "The Great Divide" (Studs Terkel) en collaboration avec des amis.
1992
Il s'entretient avec Victor Matom, photographe sud-africain. C'était la première fois que celui-çi se rendait au Japon.
Publication de "Kyoto sans carte"
1993
Publication de "Beautés - 365 jours"
1994
Photo et Essai dans le "Asahi Graphe"
Photo dans le "KYOTO JOURNAL"
1995
Une de ses photos d'enfants est choisie par le Ministère de la Culture Japonaise pour être insérée à un manuel de classe destiné aux lycéens.
1996
Publication de "Le sourire de la rivière Kamo"
1997
Exposition à l'Egg Gallery de Tokyo "Le sourire de la rivière Kamo"
Voyage de travail en Inde, en Espagne, au Portugal, aux Pays-Bas, en France et en Allemagne pour un chercheur de l'Université de Kyoto. (avec Akira Kogishi, professeur de l'Université de Kyoto)
1999
Il reprend la direction du café Honyarado à laquelle il avait renoncé pour un temps. Tout en se chargeant de la direction des cafés Honyarado et Hachimonjiya, il se lance dans la publication du "Journal Honyarado".
Publication de "A la recherche des chats"
2001
Exposition à l'Université Wesleyan.
Publication de "Streets of Kyoto"
2002
Exposition de "Kyoto privée de Kai Fusayoshi" à Maebashi, en juin.
Exposition de "229, Oharaguchicho, Kyoto" à la TEMPORARY SPACE de Sapporo, en septembre.
Il se charge de la photographie du "Livre d'art de Fusajiro Hamada" (direction de Sachiko Hamada)
2002-2003
Après de longues expositions au Musée des enfants de Boston, son nom commence à être connu du public et un article lui sera consacré dans le New York Times.
2003
Exposition de juin à septembre à l'Institut germano-japonais de Berlin (sous le patronage de la fondation Nomura d'échanges culturels internationaux)
Commencement d'une série de photos et essais dans le Magazine mensuel de vente par correspondance "Cha no Ma ("salle de séjour")"
Exposition de "Coin de rue à Kyoto" à la Galerie Conceal à Tokyo, en avril.
2004
Exposition à la galerie Duplex (Genève).
Publication de "Les enfants de Kyoto"
2006
Publication de "Beautiful Women in Kyoto"
2007
Exposition à la galerie de Etsuko Shibata (Tokyo)
Publication de "Les œuvres posthumes de son vivant"
2008
Exposition à la galerie de KONICA MINOLTA PLAZA (Tokyo)
Exposition au temple de Kiyomizu-dera (Kyoto)
Publication de "Kyoto : La vie au fond d'une ruelle"
2009
22ème Prix artistique et culturel de Kyôto
2010
Exposition commémorative de l’attibution du 22ème Prix artistique et culturel de Kyôto Musée de la ville de Kyoto (Kyoto)
Publication de "Yume no nukeguchi" (Passage vers le rêve), éditions Seisô Shobo
Exposition à la Gallery Maronie (Kyoto)
Exposition à la Gallery Maggot (Osaka)
Exposition à la galerie de KONICA MINOLTA PLAZA (Tokyo)
Exposition à la Galerie Grand E'terna"Kyoto derrière Kyoto" (Paris)
Exposition à la Galerie Grand E'terna"Kyoto au-delà de Kyoto", avec Emmanuel Guibert (Paris)
Salon des Arts 2010 Laudun l'ardoise (France) / Novembre
Exposition en plein air "Les Beautés", Kawaramachi Green Shotengai entre les rues Shijô et Gojô (Kyoto) / Décembre - Janvier 2011
2011
Exposition à la Sewing Gallery "Rojiura no hinata" (Osaka) / Avril
Exposition à l'Institut Franco-Japonais du Kansai "Paris. Premiers regards"(Kyoto) / Juillet
Exposition à l'Espace Japon "Kyoto inconnu" (Paris) / Septembre
Exposition à la Galerie ZOLA "Kyoto par-delà Kyoto" (Aix-en-Provence) / Décembre - Janvier 2012
2012
Exposition en plein air "Les Chats", Kawaramachi Green Shotengai entre les rues Shijô et Gojô (Kyoto) / Décembre



par son assistante Hamada Sachiko

Promenade

J’ai l’impression que beaucoup de tes photos les plus emblématiques ont été prises en te promenant.


A l’origine, la promenade est un univers qui ne connaît pas le concept, se promener occupe une part non négligeable du mode d’existence du chien qui court et vadrouille ici et là et moi, lorsque je suis monté à la ville, même si ce n’était pas Rousseau et Les rêveries du promeneur solitaire, j’ai beaucoup circulé, erré, même sans mon appareil photo. Au début, je n’avais d’ailleurs que cela à faire. Sais-tu que le logicien Whitehead disait que son plus grand plaisir n’était pas de faire une découverte en logique ou à la lecture de travaux d’amis mais de se lever tôt et de se promener autour de chez lui pour découvrir, par exemple, que ce matin, un arbre était couché. Il est toujours présomptueux de se servir des grands hommes mais je dois dire que sur ce point, moi aussi, je mène une existence où ne manquent pas les occasions de promenade. Chaque jour est vraiment une succession de petites découvertes.

Est-ce le désir de « petites découvertes » qui est la cause de tes promenades ?

Oui. Lorsque j’ai repris la photographie dans les années 1970, mon esprit était tourné vers l’extérieur, toujours l’extérieur. Je tombais tous les jours sur de petites choses, des instants rares. Ensuite, au bout d’un certain temps, j’ai cherché pendant mes promenades à prendre des photos qui donneraient un sentiment de nostalgie à celui qui les regarderait s’il revenait sur les lieux des dizaines d’années plus tard, même après ma mort. Je me suis également mis à parcourir des lieux pour moi chargés de souvenirs depuis mon arrivée à Kyoto en 1968, en me demandant si je réussirais à en faire de bonnes images, et ce fut une expérience intéressante. Même si j’avais l’intention de faire un tour dans le passé, c’était encore un « maintenant ». On ne peut pas faire de bonnes images en visant la nostalgie à tout prix mais il est intéressant de travailler en référence aux stéréotypes déjà passablement usités de la nostalgie. Ce furent mes premiers pas. J’ai réussi à me faire accepter à Kyoto dans des lieux où des gens avaient souffert, connu des conditions d’existence difficiles, pleuré, mais je n’ai jamais cherché en me promenant qu’à prendre des photos « modestes », discrètes, des photos devant lesquelles ceux qui avaient dû quitter la ville et y revenaient dès que l’occasion se présentait diraient : « Oh ! C’est vrai qu’il y avait un endroit comme celui-là », des images qui leur feraient redécouvrir Kyoto.

Est-ce la raison pour laquelle toutes les personnes qui regardent tes photos sont envahies par un sentiment de nostalgie ?

Prendre des photos avec cette intention ne suffit pas à faire de bonnes images, c’est évident. Mais il est vrai que ce désir a donné naissance à ma minuscule philosophie de photographe.

Tes photographies sont très japonaises et pourtant, les étrangers éprouvent en les regardant une sorte de nostalgie. Pour quelles raisons d’après toi ?

Des artistes comme Elsken, Walker Evans ou encore Atget sont très appréciés chez eux mais lorsque je regarde leurs photos, moi aussi, je suis ému. N’est-ce pas parce que la photo fait entre autres appel aux cinq sens et que c’est une composante universelle de la sensibilité humaine ? Au cinéma, j’éprouve une incroyable nostalgie pour le film de Hou Hsiao-hsien, La Cité des douleurs qui a pourtant pour cadre le Taïwan des années 1950. J’y retrouve le Kyushu de ces mêmes années 50. Alors je me dis que ce doit être pareil. Ce doit être la même chose, non ? Moi, Le voleur de bicycette de Vittorio De Sica, ça me rend nostalgique.

Tu ne sembles pas avoir de très grosses exigences quant à la qualité des tirages ou de tes appareils photos. Tu parais te moquer que tes négatifs soient rayés ou que tes objectifs soient sales : tu t’en fous vraiment ?

Tu exagères mais je crois que j’ai ce désir assez fort de vouloir prendre des images qui dépasseraient ces contingences. Sans doute se cache-t-il sous cela une prétention assez puérile. Je dois cependant confesser que j’ai commencé à me reprocher ma légèreté en matière de technique, sans vraiment parvenir à me corriger…

Tu n’as jamais eu l’envie de faire des photos « propres », je veux dire techniquement propres ?

Si, bien sûr, je sais apprécier une belle image, je me dis que ce serait pas mal de réussir à faire des images « propres ». Cependant, je dois avouer que je n’ai jamais été attiré par la belle photographie. Je ne sais plus si je t’en ai déjà parlé. Il y a un truc que tout le monde te demande lorsque tu es en première année d’école primaire : « Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? ». Tous répondaient « PDG » ou « infirmière », «instituteur», etc. Moi, c’était «conducteur de chevaux» (automédon).

Pour dire une chose qui s’écarte de ce que disaient les autres ?

Pas du tout, je n’avais pas du tout l’intention d’être original. C’est juste que j’ai grandi dans un environnement radicalement différent de celui qu’ils connaissaient. Je trouvais très « classe » ce « conducteur » manchot qui m’avait pris en affection. Dans mon univers, il y a avait une vieille femme aveugle, etc. T’ai-je parlé de ce cartable que j’avais reçu pour mon entrée à l’école primaire et que j’ai utilisé jusqu’à ma troisième année de collège ? C’était vraiment une réaction d’autodéfense. Peut-être même une sorte de comédie pour empêcher quiconque de pénétrer dans mon monde intérieur. Mon inadaptation sociale est la cause de ma venue à la photographie.

Question de génération et de caractère

Quelles sont les relations entre la personnalité que tu décris, ce caractère qui est le tien, et la photographie ?

La génération à laquelle j’appartiens, c’est celle de l’après-guerre, une époque où il n’y avait rien, où l’on recommençait à peine à trouver du lait pour nourrir les enfants, la génération qui a reconstruit le Japon, une époque où le développement de la société et le développement de l’individu se chevauchent, où ces deux sphères se développent indépendamment, laissant aux individus la possibilité d’être les acteurs de leur existence, je veux dire sans être obligé d’avoir à se couler dans un moule qui n’existe pas encore. C’était une époque qui acceptait que l’on puisse vivre au jour le jour, qui acceptait l’affirmation de comportements et de visions du monde très personnels. L’époque se construisait là-dessus et nous avions une sorte de confiance dans les générations, confiance dans notre l’époque. Nous vivions parfois n’importe comment mais cela importait peu, c’était très bien ainsi, acceptable socialement. Mes photos en sont le produit. J’étais un peu différent de mes camarades du même âge, en raison d’une étrange manière de m’affirmer. Les autres par peur d’être laissés sur le bord du chemin finissaient par trouver un emploi stable ou avaient le désir de « faire quelque chose » et, sur ce point, je ne leur ressemblais pas. Je crois que j’avais un goût naturel pour « ne pas ». C’était sans doute lié à un puissant complexe d’infériorité. Je pense que mon attitude cachait divers problèmes.Après « conducteur de chevaux» (j’y ai réfléchi hier soir), eh bien je me souviens qu’au collège, je disais que je voulais devenir salaryman (employé ordinaire). Simple employé, comme mon père. Ce qui, dans mon esprit, voulait dire : rester à la maison sans rien faire, cultiver son champ, aller à la pêche ! Voilà ce que je pensais être la vie d’un salaryman ! Puis au lycée, lorsque j’ai commencé à réfléchir sérieusement à la question, comme j’étais un garçon assez robuste et sportif, je me suis dit que je pourrais devenir professeur de gymnastique dans un collège ou dans un lycée, histoire de pouvoir vivre en m’amusant !

Tu as donc toujours voulu vivre en dilettante, c’est ça ?

Ben oui. Faut dire que l’époque produisait d’immenses changements sociaux, la société offrait plein d’interstices par où s’échapper. Est-ce lié à cela ? Je n’étais encore rien mais comme j’étais entouré de personnes ayant tous une très forte conscience de ce qu’ils feraient, j’ai également commencé à m’imaginer plus grand, adulte. C’est à cette époque que je me suis dit que je voulais devenir journaliste dans une grande ville. Mais je ne me suis jamais posé la question de savoir comment devenir journaliste. J’ai parfois eu l’envie de revenir à la campagne. Je suis finalement entré à l’université et un temps, je me suis vraiment dit que ce serait journaliste. Mais la société était en pleine transformation. Plonger dans le tourbillon et voir ce que je pourrais bien faire ? J’y pensais mais comment procéder ? J’ai toujours préféré me fier à ma sensibilité plutôt que de me placer sur des rails afin de rationaliser ma position. J’ai préféré m’orienter dans une direction qui me plaisait malgré tout ce qu’elle comportait d’ambiguïté, j’ai préféré ce mode vie aux évidences qui m’étaient données. Bref, je refusais par principe tout ce qui m’était offert ou s’offrait à moi. J’étais assez dogmatique sur ce point. Voilà comment on se retrouve à ouvrir un café avec des amis et moi, là-dedans, qui me demande quel rôle je vais pouvoir jouer. On tenait un café mais le café en soi ne m’intéressait pas spécialement. Alors que je n’avais jamais été un grand lecteur, je me suis mis à lire énormément, à vouloir rivaliser avec les poètes ou les chanteurs que je fréquentais, à chercher à être reconnu. Il y avait une grande effervescence mais rien de concret pour réaliser les ambitions qui m’habitaient. Aurais-je eu cette intelligence des choses, il n’est pas non plus certain que je me serais donné les moyens de viser l’agence Magnum. C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai commencé à penser que ce serait pas mal de prendre des photos dans l’esprit du « Rakuchurakugai » (images de Kyoto peintes entre les époques Muromachi et Edo, XIVème- XIXème siècle). Mes centres d’intérêt n’étaient pas encore bien définis, plutôt dispersés, je n’étais pas encore en mesure de résumer par la photographie ce qui m’intéressait personnellement et je remplissais des pages de notes assez disparates. Ce qui me disqualifiait en tant que commerçant.

Il suffit de jeter un œil à l’intérieur de ton café ou de ton bar pour se rendre compte que tu es doué d’une forme de génie pour le bordel. L’idée de rangement t’est complètement étrangère, non ? Tu es absolument incapable de remettre à leur place les choses ayant servi. On a l’impression que les choses sont abandonnées, comme si elles avaient été jetées, et également que tu te dis qu’il se trouvera bien quelqu’un pour ranger à ta place. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait personnellement je ne sais plus combien de fois. Je t’en ai fait la remarque je ne sais non plus combien de fois mais tu es incapable de mettre de l’ordre, n’est-ce pas ?

Tu mets le doigt sur quelque chose qui fait mal. Tu as raison, j’ai toujours été à la recherche d’une femme ayant un caractère radicalement opposé au mien, dans le complément. La faiblesse de me dire que, ce que je suis incapable de faire, quelqu’un le fera pour moi. Tout en vivant dans l’illusion que «La beauté naît du désordre». Tu vas peut-être penser que je me cherche des excuses mais une telle personnalité a aussi la particularité de produire de bonnes photos. En dehors de cela, c’est vrai, ce bordel est le résultat d’objets jetés ou abandonnés. Ce qui est intéressant avec la photographie, le piège si je puis dire, c’est que des types comme moi peuvent aussi prendre des choses qui se tiennent, parce qu’une photo, c’est de l’ordre de : « tu vois un truc, l’image est là, clic ! Et hop ! c’est figé sur le papier. Et c’est une chose que même des types bordéliques dans mon genre peuvent faire. Pourtant le processus qui conduit à la production d’une seule photographie est très compliqué, parce qu’il exige justement une grande discipline et une capacité à gérer ces instants que ne possèdent, en fait, que certains individus.

Cherchais-tu à prendre des images qui correspondaient à une époque ?

L’institution, les notions esthétiques préétablies ne changent-ils pas avec les époques ? En plus, j’ai toujours éprouvé une sorte de révolte, un désir de résister à ces positions dominatrices. Va savoir pourquoi ? Certains pensent que la beauté ne change pas avec le temps, mais moi, j’ai toujours eu le désir – sans pour autant être un extrémiste - de détruire les pressions dominatrices de la mode et de l’époque, les photos que j’ai faites au début des années 1970 sont à leur façon assez « orthodoxes » comme je l’étais aussi, mais ce n’était pas là le point essentiel, en fait, j’aime les photos denses qui montrent le délitement, la déchirure, les éraillures dont tout est fait, les photos qui ont plusieurs centres, avec quelque chose qui échoue dans leur composition, vois-tu ? J’avais aussi la volonté de protester contre la manière dominante de faire de la photographie. L’envie de proposer des images en décalage. Je ne pense d’ailleurs pas y être réellement parvenu mais je connaissais le concept de « provocation » (provoke) tel que l’avait défini Nakahira Takuma et quelques autres et j’ai essayé de m’en approcher. C’était cela qui me motivait au début, lorsque j’ai commencé à faire des photos. Pareil pour les expositions, dès mes débuts, les galeries qui foutaient les images dans des cadres, ça m’écœurait, si je devais exposer ce serait directement, les photographies épinglées, avec un message du style « je vous les offre ». C’est ainsi que j’ai commencé à faire des expositions en plein air (sous le bleu du ciel), avec l’idée que la photographie devait être un média vivant, qu’elle n’avait aucun sens si elle n’était pas un moyen, un outil. C’était une idée assez puérile, j’en conviens, mais c’est cette sorte d’enfantillage qui a marqué mes débuts et mes premières images.

Tu ne considères pas la photographie comme un art ?

Je ne vais pas prendre la pose en prétendant que la photographie est un art. Mais je pense que cela a quelque chose à voir avec l’art et il est exact qu’il doit m’arriver de le prétendre. Au départ, je m’imposais plutôt la constitution d’albums dans l’esprit de l’album de famille qui est un objet très important, puis de faire l’album de certains groupes ou d’une communauté, des choses de ce genre. A présent, j’ai un peu changé mais je dois ajouter que les gens de ma génération n’avaient pas d’albums de photos de famille - sans doute à cause de nos origines sociales. Un manque qui sert de ressort. Les seules photos que nous avions étaient celles de nos pères à la guerre. Nous éprouvions un fort sentiment de révolte à leur égard. La photographie m’a sans doute servi à combler cette absence.

Enfant déjà, la photo t’intéressait-elle ?

Oui, beaucoup, petit, j’avais un attrait pour les catalogues, ma sœur l’a écrit dans un texte qu’on trouve dans mon album intitulé «Oeuvres posthumes publiées de mon vivant», je collectionnais les cartes (menko), les photos de joueurs de baseball et j’aimais les aligner au gré de ma fantaisie. En primaire, dans les cahiers scolaires qu’on me donnait il y avait des photos des produits agricoles de tout le pays classés par région et plusieurs dizaines de villes. J’aimais beaucoup ces cahiers, je les emportais toujours avec moi où que j’aille. On aurait pu me demander de rester enfermé dans ce monde, ce petit monde étroit, j’avais la faculté d’en disposer à ma guise. Probable que j’aurais été un peu perdu lorsque des tas de variables auraient commencé à s’y glisser, mais je pense que j’avais le côté un peu otaku (obsessionnel) du collectionneur.

En t’entendant dire cela, je ne peux m’empêcher de penser que tes albums de la série Bijo 365 nichi (jolies femmes, 365 jours ), ressemblent à des catalogues de jolies filles.

Oui, tu as raison. Je n’avais jamais eu l’envie ni la prétention d’établir une hiérarchie dans la beauté ni de tracer des axes de partage. Ce qui ne signifie pas qu’on n’y trouvera aucune unité. Je crois que je suis comme nous le sommes tous un faisceau de consciences diverses et variées et que cet ensemble constitue notre existence. L’idée que je suis un rassemblement d’autruis. Quoique j’obéisse à des codes conditionnant des centres d’intérêt parfois étranges qui, pour le coup, me sont absolument personnels.

Est-ce cela que tu essaies de clarifier en prenant des photographies ?

Oui, ce qui me réjouis au plus haut point lorsque je marche, c’est de tomber sur des situations qui entrent la diversité de mes codes, « Tiens, ça, ça rentre dans ce code-là », « Ici, cette fois, cela résonne avec cela». Penser, l’idée seule que « cela va entrer dans ce tiroir-là » me procure une joie infinie. En réalité, je passe mon temps à prendre des images que je ne prends pas la peine de ranger dans mes tiroirs et que je laisse à l’abandon.Je change de sujet mais je voudrais dire que je pense depuis toujours que les gens que je prends en photos, les photos des communautés auxquelles appartiennent ces gens que je photographie retirent de mes photos une sensation commune, toute différente de celle qu’ils obtiennent en se regardant dans les albums de photo produits par des photographes professionnels. Je pense que la compréhension que les gens ont des médias ordinaires et leur incompréhension de la société est ce qui facilite parfois mon travail. En fait, je suis assez simple d’esprit, moi.

Tu ne prends en photo que ce qui est à portée de main. Par exemple, les gens que l’on voit sur tes photos, on comprend tout de suite ce qu’ils sont vraiment. Est-ce cela que tu souhaites capter avec tes photographies ?

Au début des années 1970, oui, c’était ce genre de photographies que j’aimais. Cela devient moins clair dans les années 1980, un regard social plus incisif s’est glissé. Je parcourais Kyoto dans tous les sens, chaque quartier, chaque ruelle, partout et lorsqu’il m’est arrivé de dire que je voulais publier un livre qui serait Kyoto, un éditeur de Shobunsha m’a tendrement dit : «Quel crétin tu fais ! Tu ferais mieux de photographier ce qui existe « maintenant, là, tout de suite », voilà ce qui tu dois rechercher. Dans 40 ans, cela aura un intérêt. C’est dans cette perspective qu’il te faut travailler». Moi je lui ai répondu à l’époque que je préférais faire les images que j’aimais et j’ai continué à photographier consciencieusement Kyoto en la parcourant de long en large. C’était au début, après avoir fait paraître mon premier album, je prenais énormément de photographies comme pris d’une véritable frénésie mais ce que je ne savais pas, c’était que mon appareil était cassé : tout fut complètement raté. Fut-ce une façon de remettre me question ? Je ne saurais le dire, mais je brûlais d’impatience, je me consumais.

Sur la manière de prendre des photos

Tu as l’art de prendre des photos lorsqu’on ne s’y attend pas, dans le croisement, on ne sait jamais que tu as déjà pris la photo. Et malgré cela, le cadre y est, ce n’est pas flou, ça m’a toujours impressionnée.

Je suis quelqu’un qui n’a pas plus d’épaisseur qu’une ombre dans la société et je me sers de cette faculté, j’ai toujours eu l’ambition de « tirer » lorsqu’on ne s’y attend pas. Ce sont souvent ce genre de types qui font des photos. Lorsque j’ai commencé à maîtriser ma technique de prise de vue, j’ai eu le désir de quelque chose d’autre qui viendrait s’ajouter aux images pour créer une histoire. Oui, cela a commencé avec mes premières expositions en plein air. Déjà un peu dans les années 1970 mais bien plus dans le milieu des années 1980, j’ai pris l’habitude de tenir un journal, dans lequel je consignais ce dont les gens avaient parlé. Je me souvenais de tout et, une fois rentré chez moi, j’écrivais une trentaine de pages sur la journée écoulée, pendant 2 ou 3 heures. Je recopiais même parfois très exactement ce que les gens avaient dit. C’est pour cela que sans m’en mêler ou y être mêlé, j’étais au courant de ce qui se passait, gardant par l’écrit tout cela à distance, un pas en arrière, je consignais aussi ce qui me concernait personnellement. Dans mes photos également, je ne participe pas subjectivement, je me contente de prendre la scène et de l’emporter telle quelle, voilà ce que j’ai toujours voulu faire, répondre sur le champ, dans l’instant, à une impulsion, à un désir, je cherche depuis le début des années 1970 le moyen de retourner, de faire une force de ce que l’on considère ordinairement comme une faiblesse de caractère. On retrouve encore un peu de cela dans mon blog.

Est-ce le souhait de s’effacer ?

Oui, il y avait un peu de cela mais cela a changé. C’est sûr qu’en continuant de la sorte, jamais je n’aurais connu de femmes. Ce dilemme, je l’ai eu dès mon plus jeune âge, ce doit être dans mon caractère, je vais me répéter mais j’ai le désir de saisir les situations globalement avec ce qu’elles recèlent de contradictions sans y être impliqué.Le désir surtout de ne rien détruire de la scène, de ne pas déranger par ma présence, comme une marque de respect pour autrui, quel qu’il soit, même s’il est en train de vivre une situation difficile. Une logique inverse m’habite parfois également. Comme de pousser un coup de gueule contre des enfants qui pissent sur un mur. C’est pareil pour la photo, j’aime voler des images. Mais il y a des moments où il est impossible de ne pas prendre les choses de face, où il faut les prendre franchement. Cela m’arrive également.

Je comprends que tu veuilles regarder les choses de face mais comme tu sais aussi que ce comportement risque d’être interprété comme une impolitesse, tu prends plutôt des images de biais, un peu décalé et en douce. L’air de rien.

Oui, ça j’aime mieux. Parce qu’au fond, je suis un grand timide. J’ai toujours craint qu’on puisse remarquer ou me faire remarquer mon intérêt ou mon égoïsme. Je dois avouer que c’est en commençant à prendre des photos pour la série Bijo 365 nichi (Jolies femmes, 365 jours) que j’ai pris confiance en moi, je veux dire en tant qu’homme par rapport à une femme. Dans le vocabulaire de la photo, on dit « candide » pour désigner le fait de « voler des images ». Dans la réalité, cela ne se passe jamais réellement comme ça. J’ai entendu dire que Kimura Ihei et Domon Ken en avaient fait un idéal, mais ce n’est qu’un mythe. C’est plus complexe.

Oui, même Kimura Ihei paraît-il demandait à ses sujets de poser.

Oui. La série sur les seins intitulée Akita, Kimura dit l’avoir prise « par hasard » mais ce n’est pas vrai. Il a fait je ne sais combien de prises, et je ne sais quoi comme jeter du sable sur les fesses de ces modèles pour les besoins de la photo, etc.

Doisneau aussi faisait cela.

Certes, mais moi, c’est clic, je prends la photo et c’est tout. Dans l’instant. Je me sens plus à l’aise comme cela, c’est mieux.

Tu n’as jamais demandé à quelqu’un de poser ?

J’en ai parfois envie mais je ne le fais pas. J’aime réussir à prendre plusieurs mouvements dans un même cadre.

Tu veux dire que tu aimes que le hasard produise de telles images ?

Il m’arrive souvent lorsque je me promène sans appareil d’être témoin de scènes ayant plusieurs centres d’intérêt différents et ça me laisse toujours un regret de ne pas pouvoir les saisir.

Tu as l’œil pour voir de telles scènes.Parce que ce sont les images que j’aime.Oui, mais c’est un talent que ne possède pas tout le monde. C’est une manière de regarder. Par exemple, je suis certaine que je serais incapable de faire les mêmes images que toi si nous devions être au même instant à photographier la même situation. Dans une situation où une personne ordinaire ne découvrirait qu’un seul élément, toi, tu es capable d’en voir plusieurs.

Peut-être, oui, mais c’est pareil pour mon regard social, j’aime les sociétés à plusieurs dimensions. Peut-être que j’exagère quand je dis cela, non, ça va ?

Kyoto

Pourquoi continues-tu à prendre des photos de Kyoto ? Parce que c’est une ville de tradition ? Tu la trouves d’un intérêt sans limite ?

Je suis plus intéressé par la Kyoto des gens ordinaires, de ceux qui continuent de la construire en l’habitant que la Kyoto, ville millénaire, etc. Mais pour ce qui est de la tradition historique, je suis heureux lorsque je parviens à rendre visuellement les diverses « cultures » qui s’y sont sédimentées quoique cela reste une chose très difficile à réaliser. C’est vrai qu’au départ, Kyoto, ville au passé et à la tradition millénaire, cela me mettait mal à l’aise. Il y a un livre de Naïto Konan, un professeur de l’université de Kyoto, intitulé Théorie de l’histoire culturelle du Japon (Nihon bunkashi-ron) qu’il a écrit au début des années 1920. C’est un livre passionnant pour moi, oui, je sais maintenant que la Kyoto d’avant et d’après la guerre d’Onin (1467-1477) n’ont absolument plus rien en commun. Ce qu’on appelle tradition à Kyoto s’interrompt après cette guerre civile. On dit qu’elle a continué sans interruption mais c’est une escroquerie. La Kyoto d’aujourd’hui n’est que le produit d’une tradition qui s’inaugure après la guerre d’Onin et qui a été conservée depuis. Il y a bien sûr quelques exceptions en ce qui concerne certains temples, mais la plupart ont été brûlés à cette époque et reconstruits ensuite, on a essayé tant bien que mal de reproduire des formes du passé. J’ai toujours été intéressé et attiré par les histoires de traditions ou de cités détruites, par ce qui périt, j’y vois de l’espoir, la base sur laquelle quelque chose de nouveau peut être reconstruit.

Ces endroits en transformation, renouvelés, tu les trouves intéressants ?

Oui, tout à fait. Le «métabolisme» de l’architecte Kurokawa Kishio – qui n’a rien à voir avec ce qu’on appelle «métabolisme» en biologie - c’est le quartier sous l’aspect du changement. Ce n’est qu’après avoir commencé à « poser des diagnostics » sur les rues ou artères commerçantes qu’il en est venu à réfléchir sur la virtualité, l’énergie accumulée dans les diverses couches de sédiments accumulés sur lesquelles reposent les quartiers. Ce quartier, quel est-il ? C’est une question qui a commencé à me préoccuper avec les premières expositions en plein air, oui c’est à ce moment que c’est produit le déclic. Que faudrait-il faire pour améliorer un peu ce quartier ? Quelle forme faudrait-il lui ajouter, voilà les questions que je n’ai jamais cessé de me poser en me promenant dans Kyoto. Un quartier tombe en ruine au bout de 10, 20 ans. Et c’est alors que se produisent les conflits entre autorités administratives et gens d’en bas, ceux qui vivent précisément dans ces quartiers et que des mouvements se font jour pour changer. On peut trouver ce que je dis irresponsable mais j’aime beaucoup ces conflits qui s’éternisent. J’aime ces délitements, ces lézardes ou ces failles car je crois qu’on peut y lire la vérité de l’histoire et même y trouver des indices pour sa reconstruction.

Ton désir de création est aiguisé par le délitement des quartiers de Kyoto.

Rien ne commence sans une forme de désespoir. D’abord le mouvement, bouger. J’aime beaucoup une parole de Jean-Paul Sartre disant que la liberté est pour les activistes. Je crois que liberté et bonheur sont pour celui qui crée.

Une chose achevée ne présente donc plus aucun intérêt ?

Non, parce que je pense que jamais rien ne sera achevé.

Influences et projets

Quels sont les photographes qui t’ont influencé ?

Les Français Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Brassaï, etc. Au Japon, Miyamoto Tsuneichi, Ozawa Shoichi, Kuwabara Kineo. Aux Etats-Unis, Lewis Hine, Diane Arbus. Tous ces gens m’ont inspiré.Et puis, je ne sais pas si c’est ou non une influence, mais il y a encore Roman Vishniac pour une image qui illustrait un livre d’Isaac Singer, Un jeune homme à la recherche de l’amour (?), une image qui m’avait toujours intrigué et dont j’ai appris bien plus tard qu’elle était de lui. C’est une chose qui me tracasse toujours quand je fais des photos en ville. Il y a tant de bons photographes, de photographes que j’aime.

Des projets ?

Me confronter à la somme de négatifs que je possède. Cela va demander beaucoup de patience et de jugement. C’est le plus grand plaisir que je me réserve. Je suis certain de pouvoir en tirer plusieurs albums. Je ne suis plus tout jeune. Je dois commencer à compter à l’envers et laisser tomber tout ce qui ne concerne pas la photographie. Je dis ça mais on me demande à l’étranger et j’ai bien l’intention de répondre aux invitations : En 2012, huit semaines à l’université de Leyde à la Maison Siebold (Siebold Huis). En Asie, en Asie centrale aussi, on s’intéresse à moi.

(Traduit du japonais par Sylvain Cardonnel)
5/2010